Groupement des hopitaux
de jour Psychiatriques-asbl-

Colloque 2024

Hôpital de jour avec fin, hôpital de jour sans fin

Vevey, Suisse, 15 et 16 novembre 2024

Argument

Nos sociétés contemporaines préoccupées d’efficience, de mesures ou de contrôle, nous confrontent constamment à un questionnement sur le temps. Pressé par le rendement, nous n’avons « plus le temps » car perdre du temps est un luxe coûteux. Il faut aller vite, évoluer en permanence. Nous devons augmenter la productivité, pour profiter ensuite du « temps libre ». Prenant à contre-pied ce mouvement, la récente pandémie nous a confrontés à une forme de suspension du temps, et avec elle, à l’angoisse d’un temps semblant figé autant qu’à une finitude devenant très concrète comme un rappel de notre condition de mortels.  Saint-Augustin écrit dans les Confessions : « Si rien ne passait, il n’y aurait point de temps passé ; que si rien n’advenait, il n’y aurait point de temps à venir, et que si rien n’était, il n’y aurait point de temps présent ». La psychanalyse, elle, tendrait à distinguer le temps de l’acte. Le temps logique de la psyché n’est pas celui de l’horloge. Le postulat d’un inconscient intemporel s’articule avec celui d’une construction historique du sujet.  Dans le transfert, des phénomènes d’actualisation et de répétition sont à l’œuvre, en lien étroit avec le traumatique et l’impensé, comme un temps apparemment suspendu. Passage du temps et passage à l’acte constituent les ressorts fondamentaux du traitement et la question de la fin doit se poser par conséquent en terme de processus thérapeutiques et non seulement en terme de résultats. Dans nos hôpitaux de jour, ils ne peuvent s’inscrire dans une simple temporalité linéaire.  Se pose alors la question de l’efficience de nos dispositifs, de la manière de la démontrer afin de répondre tant aux exigences de financement par les services payeurs que de celles liées à la qualité des soins. Une question surgit alors autour de la chronicité, de ce qui pourrait, dans une vision superficielle, s’apparenter à un non-processus : quelle serait alors la pertinence de maintenir de telles structures en l’absence de résultats tangibles ? La question du temps est donc au cœur du travail dans nos dispositifs de soins contemporains, et peut-être particulièrement dans nos hôpitaux de jour. En effet, ces structures sont le plus souvent conçues pour accueillir et soigner des patients présentant des pathologies psychiques évoluant sur de longues durées, impactant massivement et parfois durablement leur vie relationnelle et sociale. Pour être porteurs de rétablissement, les soins doivent non seulement s’inscrire dans un milieu relationnel et social thérapeutique mais encore s’inscrire dans une certaine durée. Cette dernière décennie a vu émerger des questionnements sur l’utilité des hôpitaux de jour, et par conséquent sur leur financement, avec parfois l’idée que pourrait s’y loger une nouvelle forme de chronicité comprise comme un non-processus. Au regard du courant du Rétablissement, on aurait ainsi déplacé une forme de dépendance à un système de soins de l’hôpital à une structure ambulatoire. Ces structures sont alors sommées de démontrer leur efficience, avec le risque d’évacuer du champ de la psychiatrie la question des pathologies nécessitant des soins au moyen et au long cours. La psychiatrie des troubles graves nous enseigne bien le temps nécessaire pour transformer une souffrance qui ne peut se dire qu’au travers des actes. Ces souffrances profondes sont souvent sous-tendues par des absences de représentations, des défauts de symbolisation qui engendrent souvent des répétitions apparemment sans fin en l’absence d’un accueil leur permettant d’être décodées et de sortir de l’oubli. « L’oubli est un puissant instrument d’adaptation à la réalité parce qu’il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle. » Marcel Proust   Interroger la durée adéquate d’un parcours de soins dans un hôpital de jour ne peut se faire sans une réflexion véritablement clinique, portant sur la temporalité propre à la psychopathologie ainsi qu’au processus thérapeutique y relatif. La réflexion doit également porter sur l’étroite imbrication entre les fonctions thérapeutiques à proprement parler et celles d’étayage, de maintien des acquis, et d’intégration sociale. Elle doit en outre permettre de penser l’articulation de l’hôpital de jour avec les autres dispositifs de soins ambulatoires et résidentiels, ainsi qu’avec les nombreuses structures à vocation sociale et citoyenne. Au-delà du clin d’œil à la tradition psychanalytique de la Fondation de Nant qui accueille ce 51ème colloque des Hôpitaux de jour, la question de la fin de traitement se veut ainsi une réflexion tant sur la question de la durée, de la temporalité, que du processus et de la finalité. Autour de la question d’un processus avec fin ou sans fin, de l’enfance à l’âge avancée, ce colloque est une invitation à penser ensemble tant la nature du travail en hôpital de jour que sa place dans nos dispositifs de soins contemporains.

Inscription

Les modalités d'inscriptions n'ont pas encore été communiquées.