À qui s’adressent les soins psychiatriques ?

À un patient qui souffre et exprime, dans sa souffrance, sa vérité, expression qui ne doit pas l’écarter de la citoyenneté ce pourquoi il importe de l’entendre et de le soulager en respectant son humanité et sa dignité ? Ou à un individu qui devra, après un “traitement de choc”, reprendre son chemin de consommateur, réduit parfois à celui de consommateur de médicaments que l’on aidera en tant que tel à consommer et dont on protégera, par la loi, la société ? Un usager, en somme…
« La clinique psychiatrique est en mutation et se réduit trop souvent à une prescription de médicaments car la pénurie de soignants ne permet plus leur implication dans le quotidien du soin.
« Nous sommes sans doute confrontés à la nécessité d’inventer d’autres pratiques et nous devons reconsidérer la place de chacun des intervenants dans les dispositifs hospitaliers et donc dans nos structures hôpital de jour, que nous les considérions comme structures avancées “intermédiaires ”ou “extrahospitalières”. »
Ainsi s’exprimait, en 2011, le Professeur Jean Bertrand, fondateur du Groupement des hôpitaux de jour.
L’exigence qui est la sienne s’exprime sur les plans cliniques, thérapeutiques et institutionnels. Mais aussi sur le plan pédagogique, le Groupement étant dans son esprit un lieu de réflexion et de transmission pluridisciplinaires, dans la polysémie de l’un et l’autre termes.

Le Groupement est aujourd’hui encore un lieu, un « endroit, temps convenable pour dire, pour faire quelque chose ».
Un lieu qui permet à chacun d’échanger pour travailler sous le regard de l’autre sans susciter chez cet autre une faille narcissique, archaïque. Qui permet d’estomper le sentiment de rivalité qui existe chez les soignants et d’éviter le risque de clivage qui empêche de penser le soin.
Un lieu qui, réponse aux tensions idéolo­giques de l’heure, par la diversité de ses modèles et les confrontations qu’autorisent une diversité partagée, sans ostracisme ni aveuglement mais avec humilité, permet que se reconstruise la vie psychique, au travers des rencontres possibles.
Un lieu de soins encore expérimental et évolutif, animé d’un dynamisme intense et parfois même conflictuel, un endroit où l’on lutte en souplesse dans la communauté à la déstigmatisation des affections psychiques.
Un lieu où l’équipe thérapeutique dans son fonctionnement interne et externe, s’ouvre aux autres acteurs du soin grâce à sa capacité de co-gestion et de co-thérapie.
Un lieu qui, pour être thérapeutique, doit remplir deux fonctions en apparence contradictoire : contenance afin d’offrir les conditions de sécurité et de permanence dont le patient a besoin, et séparation afin de permettre aux patients de quitter l’institution dans de bonnes conditions.
Un lieu de présence, de parole, à soi, à l’autre… Des paroles au langage, qui articule et véhicule le sens et l’histoire à laquelle le patient s’attache pour essayer d’établir le rapport le plus juste possible au réel…
Un lieu qui, par la diversité de ses pratiques, sa convivialité, sa créativité au service d’un idéal, respecte et traite l’homme souffrant en préservant sa dignité et son humanité.
Enfin, en ces temps de construction d’une véritable démocratie sanitaire, un lieu qui ne se limite pas à la guérison de symptômes, au changement de comportements mais favorise l’émergence de positions subjectives et citoyennes, questionne sans cesse les modalités, les procédures et les dispositifs de soins, le rôle de chacun des intervenants de l’équipe face au patient.

Depuis 45 ans, le Groupement organise son colloque dans l’un des pays francophones qui le constitue.
Un petit miracle permanent : réunir chaque année dans un pays lotharingien et francophone, pour confronter leurs expériences, les équipes des hôpitaux de jour psychiatriques. Equipes qui ont la charge, au quotidien, de suivre, bien souvent au long cours et sous des formes variées, des patients dont « le fonctionnement psychique est si complexe qu’une seule formule de soins est illusoire ».
La vie, comme la science la philosophie, la littérature, l’art… et bien d’autres choses encore, la psychiatrie et la santé mentale bien sûr, la vie a besoin d’adap­tation plus que de compétition, de diversité plus que d’uniformité, de confrontation dans le respect plus que de normes.
C’est pourquoi, l’esprit même du Groupement, c’est aussi une grande convivialité car, selon la formule de John Fitzgerald Kennedy, « il y a trois choses dont nous pouvons être assurés, Dieu, la sottise humaine et le rire. Puisque les deux premières dépassent notre entendement, nous devons nous arranger au mieux avec la troisième ».

Adhérer au Groupement c’est donc, on le comprend, adhérer à « une certaine idée de la psychiatrie »…

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